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Le confort articulaire à portée de main

    28/05/2019

J’ai eu un accident de ski il y a vingt ans et j’en ai souffert pendant très longtemps. Dès que l’humidité s’installait ou que la pluie menaçait, je ressentais des coups d’aiguilles à tricoter dans les jambes, à l’endroit précis de mes anciennes fractures. J’ai failli me reconvertir dans la météo, puisque mes os aidant j’étais capable de prédire le temps ! Mais grâce à l’ayurvéda et à l’huile de sésame, les douleurs se sont estompées, jusqu’à disparaître, et ma brillante destinée météorologique en a fait les frais.

Lors de mes premiers cours théoriques sur l’ayurvéda, au centre Kaivalyadhama dans le Maharashtra (Inde), j’appréhendais particulièrement l’apprentissage du fonctionnement des dhatus. Les éléments présents dans la nature, c’était facile. Les doshas et leurs caractéristiques, j’adorais. Mais ces drôles de dhatus (prononcez dhatouze) je redoutais l’épreuve.  J’avais tort. L’affaire est d’une simplicité totale. Les dhatus, ce sont les tissus corporels. Il y en a pour tout ce qui est primordial dans le corps humain : le sang, les muscles, les graisses, les nerfs, le système reproducteur. Pour les os, les cheveux et les ongles, c’est le dhatu asthi.

Les dhatus ont une existence assez particulière. Le Docteur Vasant Lad explique dans La science de l’auto-guérison : « Lorsqu’un dhatu est défectueux, il affecte le dhatu suivant, chacun recevant sa nourriture du dhatu précédent. Quand il y a un trouble de l’équilibre des doshas Vata-Pitta-Kapha, les dathus sont directement affectés. » Autrement dit, pour avoir des os, des cheveux et des ongles en parfaite santé, il faut soigner le dhatu qui précède : fortifier asthi revient donc à se préoccuper de Meda, le dathu des graisses, qui maintient la lubrification de tous les tissus. Et si au contraire les os, les cheveux ou les ongles vous causent des soucis, le dhatu Majja (moëlle et nerfs) en paiera les conséquences.


220 os ou 360 ?

Selon l’ayurvéda, tous les organismes sont uniques. Les os n’y coupent pas. Aucun squelette n’est identique à un autre. Contrairement à la médecine occidentale qui comptabilise en moyenne 220 os dans le squelette humain, l’ayurvéda fait preuve d’une plus grande prodigalité.

Le sanskritiste Michel Angot, dans sa traduction française de la Charaka-Samhita, texte fondateur de l’ayurvéda, en dénombre 360, incluant allègrement dans le lot ongles, dents et gencives, nous faisant grâce des cheveux ! Cette vision védique confondait subtilement  le nombre d’os et le nombre de jours dans l’année, l’ayurvéda mêlant à l’origine la numérologie et le spirituel à l’anatomie.

Aujourd’hui, du plus long (le fémur) au plus petit (l’étrier, l'un des trois osselets de l’oreille moyenne), les os ont été répertoriés plus précisément. On remarquera que le nombre d’os varie de l’enfance à l’âge adulte. Plusieurs os fusionnent à mesure que les années passent, car l’os est un corps qui évolue. L’os est irrigué en permanence par le sang, solide comme un roc à 20 ans, plus friable à 80 ans.

Les os ont des responsabilités essentielles dans notre métabolisme. Sans eux, notre corps serait très comparable à celui d’une méduse, d’une éponge de mer ou d’une huître sans la coquille. L’os nous permet de nous tenir debout et de nous mouvoir. On comprend dès lors que l’énergie Vata, celle du mouvement, soit très présente dans notre charpente musculaire.

Moralité : des os, des cheveux et des ongles en parfait état de marche nécessitent une lubrification aussi constante que soigneuse. Bien entendu, une façon de vivre ayurvédique y contribue de façon primordiale. L’équilibre des énergies Vata, Pitta et Kapha favorise globalement une santé de fer – mastication, respiration, lubrification, et méditation en alerte rouge permanente.

Spécifiquement, des applications d’huile de sésame quotidiennes sur la peau, les ongles et les articulations entretiennent une ossature  de qualité
Enrichie parfois de plantes ayurvédiques (shatavari et ashwagandha notamment), c’est la seule huile qui  nourrit efficacement les trois doshas, assurant leur équilibre singulier et leur harmonie commune. L’huile de sésame assouplit les articulations et lubrifie chaque tissu jusqu’aux os, leur évitant de se nécroser inexorablement avec l’âge. Plus les os deviennent poreux, plus ils deviennent fragiles comme du cristal de Prague. Autant prendre les devants.

Car les outrages du temps qui passe et les aléas de la vie ont des répercussions sur la santé de nos os et le confort articulaire. Sans oublier l’hérédité, qui joue un rôle non négligeable dans la dégénérescence des cellules osseuses. L’arthrose se développe, l’ostéoporose s’installe, l’arthrite rhumatoïde vous crucifie. Ce ne sont pas des maladies, mais principalement de l’usure ou de l’inflammation, surtout si votre mère en a souffert avant vous. La solution quotidienne existe pour prévenir ces maux. On a vu comment les vertus des applications régulières d’huile de sésame y pourvoient. Il n’est pas si loin le temps où une fracture du col du fémur était le signal du début de la fin. Consolidons donc !

L’ayurvéda professe que les os et le côlon ont partie liée, ayant en commun l’élément Vata. Les déchets de gaz, provenant du côlon,  émigrent dans les os et aggravent les conditions de développement de l’arthrose. Le  jus de grenade et  la salade d’alfalfa,  bénédictions du côlon,  contribuent ainsi à entretenir os et articulations. Dans le cadre du Panchakarma, système ayurvédique de purification, des lavements à l’huile de sésame fortifient aussi le côlon en le lubrifiant – on garde l’huile en interne pendant deux heures, puis on l’évacue : elle emporte alors avec elle une bonne partie des toxines qui constituent ama, un tissu de toxines qui provoquent bien des maladies. Si la peau est sèche, l’intérieur du corps l’est aussi, et il est fort utile de s’en souvenir !

Par pitié, traquez assidûment le sucre s’il s’agit d’entretenir vos articulations dès qu’elles présentent des signes de faiblesses. Quand le cartilage devient capricieux, les os frottent l’un contre l’autre, ce qui a plusieurs conséquences : douleurs, déformations, créations de cristaux. Le sucre, précisément, ce sont des cristaux, qui vont venir s’ajouter à d’autres cristaux : vous constatez le malaise ! Délaissez dès lors tout ce qui est acide, la tomate crue, les yaourts  à fortiori s’ils sont sucrés, les glaces même s’il fait chaud, les sodas glacés et toujours si sucrés. Ce n’est pas une punition, ni une discipline d’enfer, mais un mode de vie ayurvédique adapté au maintien d’une bonne santé.

Si la douleur s’intensifie, il faut avoir recours au Boswellia – Shallaki en sanskrit, pour éprouver un soulagement. La souplesse de vos articulations est toujours très aidée par le Boswellia . Ce petit arbre  pousse dans les forêts de l’ouest et du centre de l’Inde. Sa résine est un puissant anti-inflammatoire naturel utilisé depuis des lustres pour apaiser les pénibilités articulaires et retrouver de la mobilité. Longtemps dédaignées dans nos contrées, les vertus du Boswellia ont conquis les pays occidentaux récemment.

Quand la mise en route le matin se fait fastidieuse, multipliant raideurs et gonflements  articulaires, une cure de gélules de Boswellia a d’excellents effets. En outre, on aura soin d’enrichir ses aliments de poudre de curcuma, excellent anti-inflammatoire, chaleureusement recommandé par l’ayurvéda depuis toujours, et à présent reconnu par toutes les médecines.

Les massages ne sont pas en reste. Ils contribuent, eux aussi, à maîtriser le dosha Vata. Quotidiennement en auto-massage, ou régulièrement sous les mains de thérapeutes ayurvédiques. Pendant une ou deux heures, les massages favorisent la longévité et le bien-être, chassent les toxines,  atténuent les gênes dorsales et articulaires. En la matière, la stimulation des marmas (points d’énergie) est l’une des clefs de l’ayurvéda.


En Inde, des soins parfois insolites

Dans le Kerala (sud-ouest de l'Inde), les centres de kalaripayat ont une façon très ayurvédique de calmer les douleurs articulaires ou osseuses survenues accidentellement.

Le kalaripayat est l’ancêtre de la plupart des arts martiaux. Il s’agit d’une discipline extrêmement exigeante physiquement. Les chorégraphies sont réglées au millimètre, et font appel à toutes sortes d’armes – bâtons, dagues, épées, etc. Souvent des incidents surviennent et les combattants claudiquent vers les druides du kalari, qui ont une façon radicale de soigner les articulations meurtries.

Le grand maître Krishnadas, animateur en chef de Vallabhatta-kalari à Chavakkad (district de Trishur), nous a révélé son secret : « l’essentiel est d’éviter les œdèmes et de rétablir la circulation sanguine. Même si ça fait mal ! » Une pâte à base de blanc d’œuf et de plantes du jardin est ensuite appliquée sur la blessure. Un  bandage rudimentaire est effectué… et la rééducation commence instantanément. La guérison de l’articulation concernée prend environ trois fois moins de temps qu’un plâtre posé à l’hôpital. La médecine ayurvédique est parfois rudimentaire, douloureuse, mais fantastique pour réparer os et cartilages malmenés ou surmenés.


Pensez au yoga

Pour cajoler os et articulations si l’on n’a pas la chance d’habiter le Kerala, on pourra toujours faire appel au  Hatha yoga, à la yoga thérapie et choisir un exercice physique pas trop violent.  Une pratique régulière favorisera la respiration, ainsi que la circulation du sang. Osez la salutation au soleil, vous entrerez dans vos journées d’un pied alerte.

Eric BHAT

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