Chez le Maharadjah

Chez le Maharadjah

"Cet automne, ma fille Marie-Charlotte et moi-même sommes partis en Inde à la rencontre de producteurs de plantes.
Chaque jour passé au pays de la vache sacrée comporte son lot de surprises, même lorsque la journée s'annonce ordinaire."

Jean-Marc Réa


Debout depuis 6H30 du matin, nous aimerions bien rejoindre au plus vite notre hôtel. Il est déjà 20H30 et de toute évidence Shailendra, notre correspondant businessman de 23 ans, dont je vous ai déjà parlé dans l’épisode précédent n’a pas l’intention de nous laisser partir comme ça. Notre arrivée tardive nous a contraints à visiter au pas de charge leurs champs d’Amla et à présent ils veulent, lui et ses amis, que nous restions pour prendre une collation. Il est prévu qu’ils nous conduisent à notre hôtel, alors pourquoi ne pas partir immédiatement et les inviter à dîner ? Je sens bien que ma proposition crée un malaise, mais devant mon insistance ils finissent par accepter.

Nous voilà partis dans la nuit, sur des chemins chaotiques et parsemés de villages dépourvus d’électricité. Cela ne nous empêche pas d’apercevoir des scènes surprenantes et pittoresques. Nous avons l’impression de vivre des flashs lorsqu’au milieu de cette pénombre des animaux de toutes sortes surgissent d’on ne sait où. Je suis interloqué par la vision de ces femmes assises en demi-cercle et qui écoutent bien sagement, à la lueur de quelques bougies, l’une d’entre elles qui semble enseigner, à la manière des temps anciens. Enfin, comment ne pas se souvenir de ces joyeux attroupements que nous croisons et qui dansent dans la nuit noire au son de tambourins.

L’hôtel vers lequel nous nous dirigeons se nomme « Fort Begu ». Nous l’avons réservé sur internet comme tous les autres hôtels de notre séjour. Parfois les choix s’avèrent plus ou moins judicieux et bien que nous nous soyons habitués aux surprises à l’Indienne, quel n’est pas notre étonnement lorsqu’à l’approche de notre destination, deux motards nous attendent pour nous escorter! Il faut dire que les motards en question n’ont rien à voir avec notre police nationale. Leurs motos sont plutôt des mobylettes et ils sont habillés à la mode paramilitaire des années 30.

Enfin arrivent les maîtres des lieux, le plus jeune est un homme qui, lui aussi, doit avoir une trentaine d’années et qui semble bien connaître l’oncle de Shailendra. L’autre d'environ 70 ans est le père du premier. Nous comprenons très vite que nous sommes en présence d’un vrai Maharadjah et de son Prince de fils qui ont décidé de se lancer dans l’aventure entrepreneuriale en transformant la demeure de leurs ancêtres en hôtel de luxe, mais d’un luxe, pour le coup, très particulier. Ils prennent très vite une posture qui n’est pas celle d’un directeur d’hôtel et de son adjoint, mais plutôt celle d’hôtes qui nous reçoivent avec les honneurs dus à de nobles étrangers.

Nous voilà conduits dans une petite salle où tous les meubles semblent provenir d’un musée et après nous avoir demandé nos passeports, il nous est proposé de prendre un rafraîchissement en compagnie du Prince qui est très vite rejoint par le Maharadjah. Nous sommes servis par un jeune maître d’hôtel en jean noir, gilet noir, chemise presque blanche, noeud papillon noir et gants en laine blancs un peu noirs sur les bouts. Je perçois la gêne de Shailendra et de son oncle. Ce dernier prétexte un rendez-vous pour s’en aller. Shailendra veut le suivre mais devant mon insistance, il finit par rester et je vais comprendre plus tard que je viens de commettre une erreur. Vous ne manquerez pas de le comprendre à votre tour en lisant le prochain épisode.

En guise d’hôtel nous arrivons dans un immense château fort et le personnel qui nous attend est à l’image des motards. La voiture qui transportait nos bagages et ses deux occupants s’éclipse très discrètement après avoir déchargé sa cargaison. Restent alors, avec nous, Shailendra et son oncle âgé d’une trentaine d’années.

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